Facebook versus Apple : la guerre de l’info est lancée
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Facebook versus Apple : la guerre de l’info est lancée

Le 16 septembre 2015, Apple lançait officiellement sa nouvelle application News outre-Atlantique pour concurrencer l’Instant Articles de Facebook et Google News. Le but : héberger des articles de différents médias sur la plateforme en offrant un téléchargement plus rapide et un confort de lecture. Sur ce terrain, la guerre entre les géants du Net a déjà commencé et chacun courtise les médias à sa façon. L’enjeu : contrôler l’information via les mobiles en devenant les nouveaux distributeurs d’actualité.

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Quel intérêt pour Apple ?

L’attrait du géant américain pour les médias ne date pas d’hier. En octobre 2011, il avait fait grand bruit avec le lancement de son kiosque en ligne, Newsstand. Nombre de médias français avaient à l’époque grincé des dents et avaient refusé de s’y associer.
Mais la consommation d’information via smartphone ne cesse de croître : « aujourd’hui, pour les sites d’informations, plus de 50% du trafic vient du téléphone mobile », expliquait Frédéric Filloux, éditeur de Monday Note, au micro de France Inter, le 12 octobre 2015.

Apple News : kézaco ?
La nouvelle application du groupe à la pomme est une des nouveautés du nouveau système d’exploitation iOS 9. Disponible pour l’heure uniquement aux Etats-Unis, Apple News a signé des contrats avec différents médias américains à l’instar du New York Times, Vox ou Slate.
L’utilisateur sélectionne ses médias et ses thématiques préférés lors de sa première connexion et News fait chaque jour une « revue de presse » personnalisée. L’utilisateur n’a plus à attendre d’être redirigé vers le site du média qui a produit l’article car celui-ci est hébergé par News. Moins de temps de téléchargement et une interface toujours aussi visuelle sur smartphone, Apple compte sur News pour établir sa marque dans la distribution des médias 2.0.

Et c’est là que Facebook, Google et Apple veulent faire la différence. En devenant les nouveaux intermédiaires entre l’éditeur et le lecteur, ils créent une fidélité à leur marque.

Ni Facebook ni Apple ne produisent, mais l’intérêt est évident. Facebook cherche à retenir le lecteur dans son écosystème, où elle peut le suivre pour mieux cibler ses publicités : amener les news dans Facebook, c’est ne plus sortir de Facebook.

Anthony Nelzin

La guerre des intermédiaires est lancée, les géants du Net courtisent les médias et c’est à celui qui obtiendra le plus demédias de référence dans son agrégateur d’informations.

L’enjeu, c’est de construire un environnement suffisamment accueillant pour que certains médias réservent certaines productions à un agrégateur plutôt qu’un autre. L’agrégateur de Facebook a été lancé avec un article exclusif de National Geographic ; Wired a réservé un long papier à Apple News.  Anthony Nelzin

Pour l’instant, chacun courtise les médias avec ses propres arguments. Facebook attire avec son 1,3 milliard d’utilisateurs actifs mensuels sur mobile, dont 24 millions en France. De l’autre côté, Apple mise sur le respect de la vie privée comme argument de vente. Mais tous les deux ont fait une concession sur les revenus publicitaires : les producteurs de contenus peuvent garder leur propres publicités et tous les bénéfices associés ou laisser la plateforme en gérer une partie.

Quel intérêt pour les éditeurs ?

Les médias doivent faire face à cette révolution de la distribution des contenus d’informations. Difficile pour eux d’être aussi performants qu’avant sans ces nouveaux intermédiaires que sont désormais Facebook ou Apple.

La révolution de la distribution ne date pas d’hier mais elle se matérialise de manière très évidente depuis quelques semaines. Ce qui change , c’est que la distribution n’est plus entre les mains des éditeurs. Avant, quand on était éditeur d’un journal, on avait son imprimerie et les exemplaires qui en sortaient partaient dans des camions qui appartenaient soit à l’éditeur, soit à une messagerie dans les kiosques : il y avait un contrôle sur cette filière.

Philippe Couve

Contrôle désormais entre les mains de ces nouveaux acteurs majeurs de la distribution de la presse que sont devenus les géants du Net. Ce sont eux qui sont en contact avec le public et donc via leur plateforme qu’il s’informe. La stratégie numérique de la majorité des éditeurs consiste aujourd’hui à faire le pari de la multitude pour toucher le plus de lecteurs possible. Même si c’est au prix de leur lien direct avec le public.

D’après l’article de Frédéric Filloux « The redistribution Game of news »

Quels sont les risques ?

Pour certains spécialistes du Net, la perte du contrôle de la distribution par les éditeurs laisse tout de même planer l’idée d’une nouvelle dépendance des médias à Apple ou Facebook.

Il y aura les médias qui sauront tirer partie de la situation et ceux qui ne sauront pas s’y adapter […]. Mais il y aura certainement un changement dans la nature des médias : ceux qui arriveront à faire exister une marque forte et reconnue par le public internaute se feront de plus en plus rare. Il est de plus en plus courant d’entendre des gens dire « ah cette information je l’ai lue sur Facebook » mais quand on leur demande quel est le site derrière, les gens ne se souviennent plus. La marque Facebook laisse son empreinte dans la tête des gens plus forte aujourd’hui qu’une marque comme Le Monde ou Le Figaro qui a fourni le contenu diffusé ensuite sur le réseau social.

Philippe Couve

Imposer sa marque, c’est également le but d’Apple avec News. Le monopole de la distribution change de main et ces nouveaux intermédiaires comptent bien se rendre indispensables aux producteurs d’informations. Or le risque est ensuite de voir une discrimination s’installer entre les articles qui seront diffusés et ceux qui ne le seront pas sur ces plateformes. Elle pourraient également modifier leur accord avec les médias dans le futur et imposer leurs propres règles.

Partie II : Apple, le nouveau diktat de l’opinion ?

Soizic Bour & Justine Pluchard